L’art de la célébration comme ouverture à un changement sociétal profond

Qu’est-ce que la célébration ? Que célébrons-nous ? Comment célébrer ? Quelle place lui donner dans nos environnements professionnels et personnels ?

Telles sont des questions que nous nous sommes posées Cendrine Gottot de Souffle Créatif et moi-même Bénédicte Roumier de Scicabulle. Puis nous avons voulu les poser à des personnes intéressées par le sujet.

C’est ainsi que le 16 juin 2020, nous avons créé en ligne l’événement « Faites pétiller vos projets » où une dizaine de personnes se sont retrouvées pour échanger et partager nos réflexions, expériences et pratiques. En voici les différentes thématiques qui résultent de notre récolte :

La cohésion, l’inter connaissance :

Dans le milieu du travail, les liens entre les personnes peuvent être en grande partie basés sur l’aspect opérationnel : le travail, la tâche à accomplir. Mais parfois, lors de temps de pause, on peut commencer à apercevoir l’autre, son univers, ses préoccupations et sensibilités. Mais ces instants précieux sont rares et mis à rude épreuve surtout en ce contexte où le télétravail se généralise. Les liens inter personnels peuvent être mis en avant et célébrées par des actes qui favorisent l’interconnaissance.

Qu’il s’agisse de se retrouver pour regarder ensemble des photos souvenirs, ou pour partager des jeux qui font parler de soi, ces moments sont précieux dans la vie d’un groupe. Ils sont des instants où les masques tombent et où on peut toucher du doigt l’authenticité des personnes. C’est énormément fédérateur car ils marquent durablement.

La reconnaissance du chemin parcouru, du travail accompli :

Célébrer c’est aussi prendre un moment de recul pour voir ce qui a été accompli. C’est changer de lunettes : voir ce qui a été perçu à un certain moment comme un échec, comme une leçon, un apprentissage et le regarder avec recul, sagesse, humour et humilité. Reconnaître le chemin parcouru est une très belle manière de s’énergiser et réinvestir son travail. L’humain a tendance à facilement souligner ses points faibles, mais reconnaître ses réussites et avancées est quelque chose de moins évident et pourtant tellement salvateur. Souvent nous nous sentons appartenir à un groupe grâce à ce que nous faisons, grâce aux actions collectives. Le moment de la célébration permettrait d’exister simplement en étant dans l’instant présent, sans besoin de se justifier à travers des actes.

La joie :

Ce sentiment est largement associé à la célébration. Le fait de se sentir en vie, de sortir des tâches quotidiennes, de vivre un instant de pause, suspendu dans le temps. Un moment de célébration est un instant ressourçant où les liens se renforcent. Il peut s’agir du lien entre les personnes, mais aussi avec la nature, avec soi-même et sa nature profonde, à quelque chose que l’on ressent de supérieur. La puissance de ces émotions est perçue comme magique, et transformatrice. En parallèle de la joie, un sentiment très puissant aussi est évoqué : c’est la gratitude. Lors d’instant de célébration on peut se rendre compte de la chance que l’on a d’appartenir à un groupe, de réaliser certaines activités, de ce que l’on peut posséder ou de ce qui est mis à notre disposition.

Célébrer les étapes de la vie, y compris mort, fin ou autres séparations :

La célébration peut servir à valoriser différentes étapes de la vie : devenir autonome financièrement, devenir parents, obtenir son permis de conduire, avoir ses règles, se marier…

Un des écueils de la célébration serait de vouloir célébrer que la joie. Le risque est de chercher à obtenir des moments surfaits, un peu ce qui se vit dans les fêtes où les gens ont besoin de consommer beaucoup d’alcool pour se sentir d’humeur festive et passer une « bonne »  soirée. Célébrer la mort, la séparation et les difficultés, leur faire honneur aussi comme faisant partie du chemin fait partie des enjeux de la célébration. Faire groupe, c’est être ensemble avec toutes les épreuves qui sont apportées par la vie. Être ensemble dans la douleur rend un groupe plus fort. Dépasser ensemble des difficultés donne une force énorme.

La symbolique, le rituel : 

« Une année, pour le jour de l’an, je n’ai pas voulu aller à la fête que donnait des amis. Je n’avais pas envie de vivre un de ces moments dont j’ai l’impression d’en avoir vécu pleins. J’avais eu une année éprouvante et j’ai posé des choix fort qui ont marqué ma vie. Je suis finalement partie avec une amie jusque dans le sud et je me suis baignée nue dans la mer. C’était un instant magique. », témoigne une participante. Elle avait besoin de faire honneur à son chemin et se connecter, comme pour symboliser ce renouveau et tous ces cadeaux qu’elle s’était offerts. Même si tout cela n’était pas prémédité, elle a suivi son instinct et respecté son besoin d’une manière de célébrer plus adéquat avec son vécu.

Dans beaucoup de civilisations, les rituels avec des éléments naturels et l’engagement des corps à travers la danse ou autres pratiques sont très présents. Si on prend un moment pour sentir comment célébrer telle ou telle étape de la vie, nous retournons instinctivement vers ces pratiques. On peut aujourd’hui les adapter à notre culture afin de les intégrer dans notre quotidien.

Plusieurs constats ont ainsi été faits :

  • Dans notre société actuelle, on a du mal à valoriser le positif, on se focalise sur les échecs et ce qui n’a pas été. On vise toujours des objectifs lointains et plus hauts sans prendre le temps de valoriser ce qui a été fait. Les personnes peuvent avoir l’impression de ne jamais avoir de reconnaissance et leur motivation en pâtit.
  • On a tellement peur de mixer vie privée et vie professionnelle qu’on essaye de se couper de nos préoccupations privées qui malgré tout ont un impact direct. Cela empêche l’authenticité dans les relations, ce qui est un frein à la cohésion d’équipe.
  • Lors des moments de célébration, l’alcool est omniprésent, et il est rare de trouver d’autres rituels que la consommation de nourriture, chocolat ou alcool.
  • Les rituels permettent un lien avec la nature, et notre écosystème. Aujourd’hui nous avons perdu ce lien, ce qui fait que nous pouvons maltraiter notre environnement et nos pairs.

PROCHAIN WEBINAIRE :

Afin d’aller plus loin sur cette thématique nous vous proposons un prochain webinaire « faites pétiller vos projets » le Mercredi 31 Mars à 17H30 : https://www.facebook.com/events/444106970177688

Vous pouvez vous inscrire à benedicte.roumier@scicabulle.com (limité à 10 participant-es).

Bénédicte Roumier.

L’animation participative de visios

2020 était placé sous le signe de la visio… Il y a fort à parier que ce n’est pas prêt de s’arrêter en 2021. L’animation de réunion en visio a des spécificités, auxquelles il faut s’adapter.

Les leviers de la visio

 I C’est pratique de ne plus avoir de déplacement : on économise du temps, de l’argent, et de l’énergie, ce qui n’est quand même pas rien !

I Ça permet d’être sur des formats brefs quitte à se voir plus souvent : il est très difficile de garder l’attention et l’efficacité du groupe sur des temps de plus de 2h sans pause, 3h heures avec une pause au milieu. Alors profitez-en pour ne garder dans vos temps collectifs que des temps d’interaction. La visio c’est pour l’intelligence collective, le débat, la co-construction. Exit le descendant ! Si vous devez transmettre des infos, faites-le en amont. Par un diaporama, une synthèse visuelle (et si vous vous mettiez au sketchnoting ?), pourquoi pas une petite vidéo ? Et vous pouvez par ailleurs utiliser des documents partagés pour continuer à avancer entre deux réunions.

I La logistique n’est plus la même : plus besoin de réserver des salles de réunion, de préparer le café pour tout le monde tout en allant ouvrir en bas à ceux qui sont en avance.

I Le compte-rendu peut être facilité, notamment grâce aux captures d’écran. Le bonus : ça peut permettre de faire des comptes rendus plus visuels !

On vous le confirme : il est possible de faire participer des personnes à un temps collectif en visio. Promis ! 

 Les freins (et comment les contourner…)

I Multitasking et distractions : quand on travaille sur un ordinateur on a l’habitude d’avoir un tas d’onglets et de fenêtres ouverts, on passe son temps à jongler. Alors c’est sûr que pendant une visio, c’est tentant de jeter un œil à un mail qui vient d’arriver, de regarder un truc vite fait sur internet, de faire d’autres tâches en parallèle… On est habitué au multitasking, encore plus quand on est sur ordinateur, et il est difficile de changer ses habitudes. Et même en dehors de l’ordinateur, il est possible qu’il y ait des personnes qui interagissent avec vos participant-es (enfants, conjoint-e-s, collègues, etc.), et qui captent leur attention. Il est possible de proposer aux participant-e-s de fermer leur boite mail, tchat, téléphone, pour être pleinement disponible. Suggérez de garder la vidéo (et le micro s’il n’y a pas de perturbations sonores en arrière-fond) ouverte, utilisez la communication gestuelle régulièrement pour faire réagir les participant-es (pouce vers le haut si tout est ok, pouce vers le bas s’il y a un problème, agiter ses deux mains vers le haut si on est d’accord, etc.), utilisez des outils pour faire participer chacun-e. Car la meilleure manière de garder l’attention d’un participant-e, c’est de le rendre acteur. Quand on existe dans le groupe, quand on participe, quand on débat, quand on co-construit, on n’a ni l’envie ni la disponibilité pour faire autre chose en parallèle de la réunion.

I Moins de langage non-verbal : il ne reste plus que les expressions du visage, ce qui peut être moins simple à déchiffrer… Par exemple une personne peut être avachie sur son fauteuil, ce qu’en présentiel vous détecteriez à coup sûr comme un signe que vous êtes doucement en train de perdre son attention, mais en visio il est possible, selon l’orientation de la caméra, que vous ne le voyiez pas du tout.

I La technique et ses possibles failles : prévoyez des solutions de secours, des plans B. En plus de votre ordinateur principal, vous pouvez télécharger votre logiciel de visio en amont sur un autre ordinateur ou sur votre téléphone, avec le lien de la réunion disponible. Ainsi, même si vous avez des problèmes de connexion, vous avez une solution de repli ! Quant aux participant-e-s, pensez à leur transmettre les informations techniques avant la réunion : lien de connexion, s’il faut télécharger un logiciel de visio, voire petite vidéo de prise en main du logiciel, etc.

I Illectronisme : on n’est pas tous égaux face au numérique ! Ayez cela en tête quand vous prévoyez vos outils d’animation. Il faut qu’ils soient accessibles, et utilisés avec parcimonie. N’entrez pas dans une surenchère d’outils, votre réunion n’en sera pas plus efficace ! S’il y a des inégalités de maitrise de l’outil informatique dans le groupe, formez régulièrement des petits groupes et chargez une personne de retranscrire les échanges sur un outil numérique. Alors il y a des chances que dans le sous-groupe il y ait au moins une personne qui soit suffisamment à l’aise avec l’outil pour le compléter. Et il est possible de faire du participatif sans outil numérique (à part celui de la visio…) ! Par exemple en proposant aux participant-es de se positionner avec un pouce levé s’il est d’accord avec une affirmation ou pouce baissé s’il n’est pas d’accord (équivalent du débat mouvant), ou bien en montrant des chiffres avec ses doigts (1 = tout à fait d’accord, 2 = à peu près d’accord, 3 = pas vraiment d’accord, 4 = pas d’accord du tout) (équivalent de l’Abaque de Régnier), etc.

I Distance dans la relation humaine : on est à distance, c’est un fait ! Or une partie de la relation entre des personnes se passe dans la proximité, dans la présence des corps dans une même pièce, dans une dynamique qui émerge du groupe. Cela est alimenté par des échanges avant que la réunion ne commence, à la pause, en faisant route commune jusqu’à l’arrêt de bus, etc. Qu’advient-il de tout ça en visio ? Il est possible de donner une place au corps, au non-verbal : proposer comme brise-glace de mimer l’état dans lequel ils se trouvent pour démarrer une session, ou bien guidez une séance d’auto-massage collective, etc. Favorisez les échanges informels en invitant à se connecter 15 minutes avant la séance, ce qui est l’occasion de tester les micros et caméras, mais aussi de papoter. N’hésitez pas à poser des questions telles que « comment allez-vous ? », « où est-ce que vous vous trouvez en ce moment ? », « qu’avez-vous découvert pendant le confinement ? », « avez-vous un livre à conseiller ? », etc. En effet, sans question précise, il est vraisemblable que chacun-e attende en silence que la session démarre, surtout dans un groupe qui ne se connait pas. De la même façon, vous pouvez annoncer que vous restez disponible après la session s’il y a des questions ou pour échanger sur la thématique.

Il y a des particularités à animer un temps collectif en visio, qu’il faut prendre en compte.
Comme chaque personne est elle aussi spécifique, c’e
st à vous d’être le rouage bien huilé entre les participant-es et les outils, afin de permettre une animation inclusive, qui donne une place à chacun-e et favorise l’intelligence collective !

Florence Rhode

Vous voulez en savoir plus ? Nous organisons une formation sur les méthodes d’animation participative à distance. Plus d’infos : https://scicabulle.com/formation-methodes-danimation-participative-a-distance/ 

Renforcer le pouvoir d’agir

Temps de lecture : 12 min

Agir sur son environnement peut être facilité par quelques préalables : avoir une connaissance du contexte dans lequel on se trouve, être pleinement conscient·e·s des interactions intérieures et extérieures à cet environnement (enjeux individuels et collectifs, partenariats, influence d’autres acteurs externes, questions économiques…), s’interroger sur l’existence potentielle de rapports de domination, oppressions et conditionnements1, et enfin questionner ses propres représentations sur cet environnement.

Les méthodes d’animation participative permettent de renforcer le pouvoir d’agir de chacun·e dans les temps collectifs. Mais il peut exister des freins, des résistances à la participation, même en étant dans une posture facilitante et sans jugement, avec des objectifs et des méthodes adaptés. Et il existe aussi de nombreux leviers !
Il est donc intéressant de se questionner : comment renforcer la capacité à participer
pour chacun·e ?

On peut identifier plusieurs types de freins et de leviers à la participation (liste non exhaustive) :

• • ACCOMPAGNEMENT INDIVIDUEL AU CHANGEMENT • •

Certaines personnes peuvent résister à l’invitation de participer, parfois car elles sont déstabilisées par un changement de méthode. Demander à une personne de participer, alors que celle-ci est habituée à être passive dans des temps collectifs, peut susciter une résistance, voire un refus, et c’est compréhensible. Il est donc important de procéder par étape, en commençant par une méthode qui n’implique et n’expose pas trop. Il s’agit donc de mettre en place des actions en vue de faire disparaître ces résistances.


On peut par exemple :
• P
révenir les personnes en mentionnant l’utilisation de méthodes d’animation participative dans l’invitation ou le programme
• Le rappeler quand on pose le cadre en début d’animation
• Rassurer quant à l’implication de chacun·e. Par exem
ple : « Nous allons varier les méthodes, en petit ou grand groupe, à l’oral ou à l’écrit, pour que chacun·e trouve sa
place », ou encore « personne ne sera obligé de prendre la parole s’il ne le souhaite pas »
• Demander en début de séance « de quoi avez-vous besoin pour vous sentir bien dans

ce groupe ? ».

Cela nécessite donc de tenir compte de la zone de confort (qui correspond aux habitudes) et des pratiques des personnes. Au-delà de cette zone de confort existe une zone de développement (zone d’expérimentation, d’émancipation), dans laquelle on va chercher à s’aventurer, pour tester, pour grandir. Il peut être intéressant de revenir de temps en temps à sa zone de confort initiale, afin de rassurer la personne.


Explorer et agir dans sa zone de développement permet d’élargir petit à petit sa zone de confort. Par contre, un changement trop brutal peut faire entrer dans ce qu’on appelle une zone de panique. Si une personne passe directement de sa zone de confort à sa zone de panique, elle n’est pas en mesure de grandir, d’apprendre, ou de s’émanciper. Il peut donc être judicieux d’identifier les zones de confort des participant·e·s, sur lesquelles s’appuyer dans un premier temps afin de rassurer le groupe, puis d’accompagner ensuite chacun·e dans sa zone de développement. Évitons de pousser les personnes dans leur zone de panique ! Sur une activité comme la prise de parole à l’oral, ne commencez pas, par exemple, par une activité de théâtre d’improvisation avec participation obligatoire, vous risquez d’être contre-productif !

• • ACCOMPAGNEMENT COLLECTIF AU CHANGEMENT • •

Un groupe, qui se trouve dans un mal-être collectif (difficultés avec la hiérarchie par exemple ou autres violences institutionnelles2), peut être dans le rejet d’une intervention, ou plus précisément d’une méthode. La personne qui anime peut s’en trouver déstabilisée, quand bien même elle n’a potentiellement aucune responsabilité dans ce mal-être.
Effectivement, il arrive que certains groupes possèdent au quotidien peu d’espaces et de temps pour de l’expression de ressenti, de vécu, pour des questionnements ou des propositions.


Les méthodes d’animation participative peuvent alors être l’occasion de « libérer » des tensions n’ayant rien à voir avec l’objet initial du temps de travail.
Empêcher l’expression de ce mal-être pour mettre à tout prix en œuvre l’intervention prévue n’est pas très efficace. Il est important dans ces cas de prendre le temps de redéfinir votre rôle, les objectifs de l’animation, et de dissocier ce qui concerne le mal-être (causes, effets) et ce qui concerne l’animation et son objet. On peut par exemple proposer un affichage libre ou une « boîte à idées » ou « boîte à coups de gueule » en expliquant : «
s’il y a des choses que vous voulez exprimer, mais qui ne concernent pas notre temps de travail directement, je vous invite à les exposer par écrit sur les affichages ou dans les boîtes prévues à cet effet ». On peut aussi proposer une pause (même en tout début de temps de travail), pour permettre de libérer ce qui doit être dit et échangé. Dans certains cas extrêmes, et notamment lorsqu’il y a eu une approche trop peu critique de la commande d’intervention (si on intervient uniquement sur des symptômes de dysfonctionnements d’un groupe sans aborder les causes de ces dysfonctionnement par exemple), la démarche, et même les objectifs, peuvent être à ré-interroger, voire à faire évoluer pour mieux répondre aux réels besoins, si vous avez la marge de manœuvre
nécessaire à cette adaptation en direct !

• • ÉMANCIPATION DES GROUPES ET DES INDIVIDUS • •

Dans tout groupe, certains comportements peuvent venir poser problème : manipulation, « grande gueule », moquerie, remarques sexistes, comportements moutonniers, confiscation du leadership, passivité, etc. Y porter une attention particulière peut alors permettre d’éviter de générer de la souffrance chez certain·e·s participant ·e·s. Il s’agit alors de réguler ces comportements ou d’en faire un objet de travail à part entière, avec la
possibilité de rechercher les causes de ces comportements (dans l’idéal, agissons sur les causes !). Pour ce faire, on peut mettre en arrêt le travail en cours, en proposant au groupe de réfléchir sur les freins et les leviers au travail collectif. Il vaut alors mieux éviter de personnifier, de nommer la personne qui met en difficulté les autres, et préférer la reformulation sous forme de problématique, du type : « La répartition de la parole vous semble-t-elle partagée équitablement dans ce groupe ? Quelles sont les marges de progrès possibles ? Comment les mettre en œuvre ? ». On peut aussi envisager d’aller discrètement discuter en aparté avec une personne générant des difficultés, à l’occasion d’une pause ou d’un travail en petits groupes, pour trouver un terrain d’entente et/ou
pour comprendre les causes qui amènent ces difficultés et agir directement sur ces causes si cela est possible…


S’inspirer de la communication non violente3 peut alors être bénéfique : « Paulette, je suis un peu en difficulté pour faire participer chacun·e, tu as donné ton avis 6 fois de suite ce matin et cela freine peut-être un peu certain ·e·s, j’aurais besoin d’équité dans la répartition de la parole, est-ce que tu peux prioriser tes interventions pour laisser participer les autres, ça serait ok pour toi ? ». Enfin, on peut envisager de reposer le cadre par une phrase générale : « Certains dans le groupe participent beaucoup, ce qui est intéressant, mais laisse peu de place aux autres, merci d’être vigilant à ça », ou plus ciblée
: « Merci Paulette pour ton intervention, je vais me permettre de donner la parole aux autres si tu veux bien pour la suite, de manière à ce que chacun puisse participer ».


Il est aussi possible d’envisager la mise en place de différentes stratégies pour atténuer la pression du groupe :
• Mettre en place des petits groupes pour libérer la parole de chacun·e
• Différencier, en séparant les participant·e·s en petits groupes et en donnant des consignes différentes à chaque groupe
• Compenser, en proposant à certaines personnes de venir plus tôt pour consolider les prérequis au temps de travail
• Tout au long de l’animation, on peut aussi valoriser la participation, par des phrases telles que « Merci, Thierry, pour cette intervention, cela va permettre de recentrer le débat ». Cela peut permettre d’encourager les personnes qui en ont besoin, en consolidant leur sentiment de compétence et leur estime d’elles-mêmes et en les aidant à se positionner dans le groupe.

• • DÉVELOPPEMENT DES COMPÉTENCES PSYCHOSOCIALES • •

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit les compétences psychosociales comme « la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion
des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. ».
Ces compétences, essentielles et transculturelles, sont étroitement liées à l’estime de soi et aux compétences relationnelles, qui sont les deux faces d’une même pièce : relation à soi et relation aux autres. L’OMS en identifie 10 principales, qui vont par deux :

Savoir résoudre les problèmes/Savoir prendre des décisions
Avoir une pensée critique/Avoir une pensée créatrice
Savoir communiquer efficacement/Être habile dans les relations interpersonnelles
Avoir conscience de soi/Avoir de l’empathie pour les autres
Savoir gérer son stress/Savoir gérer ses émotions

Une estime de soi assez faible et une dévalorisation de ses propres compétences peuvent impacter l’expression, la pensée ou le stress d’une personne. Il importe alors de soutenir la personne dans sa participation, aussi timide soit-elle, et d’être attentif à tout ce qui pourrait être vu comme de l’humiliation, du reproche, de la mise en difficulté.

• • EN CONCLUSION • •

Ainsi, pour renforcer le pouvoir d’agir :
• On peut être dans l’accompagnement de l’individu, par le renforcement de ses compétences psychosociales, de sa capacité à sortir de sa zone de confort et à l’élargir, de ses compétences communicationnelles, etc.
• On peut aussi faire évoluer le contexte de manière à ne pas mettre en place des situations qui peuvent être un frein à la participation : choisir différemment le lieu de l’animation, le matériel, l’aménagement, votre vocabulaire, la composition ou la taille du groupe, etc.
• Enfin, il est possible de construire une animation adaptée, en variant les méthodes (écrit/oral, petit groupe/ grand groupe, etc.) qui sollicitent différentes capacités afin que chacun·e trouve sa place.


Pouvoir ou capacité ? Il convient aussi de délimiter le mot pouvoir lorsqu’il est utilisé pour parler de pouvoir d’agir. On pourrait être tenté de parler de capacité d’agir, dans l’idée de développement de compétences, plutôt que de pouvoir d’agir, pour éviter la dimension oppressive qu’on peut trouver dans le mot pouvoir. Mais on peut voir le pouvoir comme une force, un pouvoir génératif, c’est-à-dire la capacité de promouvoir des changements significatifs, et pas un pouvoir sur l’autre, une domination. Alors nous gardons l’idée du pouvoir d’agir !

1 Conditionnements : Être conditionné, en parlant d’un individu, signifie être soumis à une influence externe (normes sociales, culture, éducation…) qui guide et détermine son comportement, ses opinions, ses goûts, etc.

2 Violences institutionnelles : « Pour définir la violence institutionnelle, il faut définir le terme « violence ». L’étymologie (racine : vis : force) nous renvoie à « l’usage de la force » dans des situations déterminées pour résoudre des difficultés ou des problèmes. À partir de cette définition, on peut construire une double échelle. La première considère la violence physique, verbale, le harcèlement… soit tout ce que sanctionne socialement le Code pénal. La seconde vient prolonger la première : il s’agit de préjudices plus discrets, de violences « d’attitudes », qui ont lieu dans les institutions. Les attitudes de mépris, le refus de la parole, l’évitement, le mutisme, le favoritisme… font partie de ces violences visibles et « invisibles », qui ne sautent pas à l’œil. » Source : Questions à Jacques Pain, professeur de sciences de l’éducation : « Toute institution a tendance à fabriquer de la violence » (13 mai 2005).

3 Communication non violente : Marshall B. Rosenberg la définit comme « le langage et les interactions qui renforcent notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer aux autres le désir d’en faire autant ». N’hésitez pas à lire son livre « Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) », ou encore à vous former sur la question (plus d’informations sur http://www.cnvformations.fr/).

Texte issu de l’introduction du Livret outils : méthodes d’animation participative
Édition 2020 – Scicabulle
Livret disponible au bureau 58 rue Raulin 69007 Lyon (appeler avant au 06 52 84 38 31) ou sur https://www.helloasso.com/associations/scicabulle/evenements/boite-a-bulles (cocher la case « frais de port » si livraison)

Scicabulle ? Scicabulle !

Temps de lecture : 4 min

Imaginez un point de rencontres entre plusieurs ruisseaux qui donnent vie à une petite rivière…

Un de ces ruisseaux aurait sa source dans les montagnes de l’éducation nouvelle, de la pédagogie active, des sciences de l’éducation. Un autre de ces ruisseaux traverserait les forêts de l’éducation populaire et de l’économie sociale et solidaire, emmenant avec elle des feuilles et des fruits issus du monde associatif, expériences (plus ou moins bien vécues d’ailleurs), valeurs, rencontres…

Un troisième ruisseau, bouillonnant, arriverait en cascade, sinuant entre des cailloux et dévers lui donnant son mouvement, cailloux et dévers de l’horizontalité, de l’agilité, de la créativité, de la modernité, et ce dernier ruisseau se jetterait directement à la confluence des autres, provoquant des remous et brassant tout cela, pour donner vie, donc, à cette petite rivière…

Un bon nombre d’autres ruisseaux, sources, pluies nourriraient cette rivière… Et bien cette petite rivière, cela pourrait être Scicabulle, association créée en 2015 par divers.es humain.es navigant sur ces ruisseaux sur diverses embarcations, arrivant à différentes vitesses et au fur et à mesure. Et ensemble, ce groupe d’humain aurait complété l’identité de cette rivière, parlant de pouvoir d’agir, d’inclusion, de co-construction, de sobriété, de communication non-violente et mettant en œuvre de la formation, de la facilitation, de l’animation…

La rivière a sinué, et Scicabulle est intervenue auprès de publics très différents au démarrage, avec une palette d’intervention très large : de la grand-parentalité à la formation de délégués de classe, de la conception de balades urbaines interconvictionnelles avec des scouts à un séminaire avec Bouygues, de la facilitation pour un groupe de bûcherons et juristes en foncier forestier à la formation de gendarmes sur l’approche expérientielle pour la prévention des conduites à risque, et on en passe des vertes, des mûres et des moins mûres ! Au démarrage beaucoup dans l’animation et la formation, petit à petit de plus en plus en facilitation tout en gardant et renforçant la formation, définissant pour elle même ce terme de facilitation connu déjà par d’autres, traçant son propre chemin, faisant ses propres expériences, et en tirant ses conclusions…

Et quand on expérimente, parfois on réussit, parfois on se plante, mais quand on se plante, si le terrain est fertile, on pousse ! On a beaucoup poussé… Et en cheminant, diverses questions se posent… Comment inventer une nouvelle manière de travailler au sein d’une association ? Quelle nouvelle complémentarité bénévoles – salariés ? Comment lutter contre les oppressions et déconstruire les conditionnements, en interne et en externe ? L’horizontalité est-elle une illusion ? L’indice unique de salaire et l’absence de hiérarchie formalisée permettent-ils une équité entre salarié.es et permettent-il de s’affranchir des oppressions internes ? Et comment on régule quand il n’y a pas (ou peu) d’arbitre et/ou de chef ? Et les facilitateurs.trices sont ils.elles en capacité de s’auto-faciliter ? Et finalement, c’est quoi l’éducation populaire ? Et le pouvoir d’agir ? Et le grand débat de Macron, on y va ou pas ? Et l’autosocioconstruction des savoirs est-elle obligatoire dans une séance de pédagogie active, et les méthodes d’animation participative peuvent-elles être anti-pédagogie active, comme la butte de culture peut-être anti-permaculturelle ? Bon sur la dernière question il était peut-être tard dans la soirée…

Pour apporter de l’eau au moulin de certaines réflexions, pour diffuser, pour se faire connaître, pour aller de l’avant, on lance un blog. Paf.
Et si vous montiez dans une des embarcations voguant sur la rivière ? On serait ravi de vous accueillir… Une manière de le faire, c’est déjà de nous lire !

Joris Darphin